« La rue ce n’est pas une maison. L’habitation ne peut plus être traitée comme un simple bien marchand, mais comme une infrastructure sociale indispensable à la dignité humaine et à la résilience collective. »
— Pauline Marois, ancienne première ministre du Québec, invitée d’honneur
Le 3 septembre 2026, l’auditorium de la Grande Bibliothèque (BAnQ) à Montréal accueillait la première édition du Rendez-vous électoral en habitation, organisée à l’initiative de l’Alliance des corporations d’habitations abordables du territoire du Québec (ACHAT) en coalition avec les grands acteurs du milieu (CQCH, FHCQ, ROHQ, RQOH, UTILE) et animée par la journaliste Josée Boileau.
L’événement visait à engager formellement les partis politiques provinciaux sur la cible ambitieuse et incontournable de 20 % de logements hors marché au Québec d’ici 2050.
Fiche synthétique de l’événement
| Paramètre | Description |
|---|---|
| Événement | Rendez-vous électoral en habitation 2026 |
| Date et lieu | 3 septembre 2026, Auditorium de la Grande Bibliothèque (BAnQ), Montréal |
| Organisateur principal | Alliance des corporations d’habitations abordables du territoire du Québec (ACHAT) |
| Coalition partenaire | CQCH, FHCQ, ROHQ, RQOH, UTILE |
| Partenaires de l’écosystème | Caisse d’économie solidaire, AGRTQ, APCHQ, CEGQ |
| Cible pivot | 20 % du parc résidentiel québécois dédié au logement sans but lucratif d’ici 2050 |
| Animation | Josée Boileau |
1. Contexte général et mot d’ouverture
- Déclaration d’ouverture : L’ancienne première ministre Pauline Marois a rappelé avec gravité que « la rue ce n’est pas une maison », liant cet événement au prélude du sommet national sur l’itinérance.
- Convergence sectorielle : L’ensemble des composantes du secteur non lucratif (coopératives, OBNL d’habitation, offices municipaux d’habitation) et leurs partenaires financiers et sectoriels (Caisse d’économie solidaire, AGRTQ, APCHQ, CEGQ) ont affirmé d’une même voix l’urgence de sanctuariser le logement comme infrastructure sociale pérenne.
2. Premier panel : « 20 % : Pourquoi, pour qui, comment ? »
Table ronde des organisations sans but lucratif animée par Josée Boileau avec Antonio Ciarciaglino (ROHQ), Nancy Croussette (RQOH), Marie Depelteau-Paquette (ACHAT), Nathalie Génois (CQCH), Maxime Pelletier (UTILE) et Patrick Préville (FHCQ).
Les échanges entre les leaders du secteur ont mis en lumière les leviers opérationnels, financiers et réglementaires indispensables pour opérer un véritable changement d’échelle :
- Financement et dérisquage (Maxime Pelletier, UTILE) : Les besoins en capitaux s’élèvent entre 250 et 500 milliards de dollars sur 10 ans. La taille modeste des OSBL freine l’accès aux capitaux privés institutionnels. L’État québécois doit agir comme co-investisseur et fournir des garanties de prêts pour structurer des portefeuilles viables.
- Prévisibilité des programmes (Antonio Ciarciaglino, ROHQ) : L’instabilité chronique des budgets publics nuit gravement à la planification à long terme des projets d’habitation publique et sociale.
- Optimisation des coûts de construction (Éric Côté, CEGQ) : Chaque dollar consenti sur un chantier doit maximiser la rentabilité sociale directe et alléger les coûts pour l’usager final.
- Allègement réglementaire (Isabelle Demers, APCHQ) : Traiter l’habitation comme une priorité nationale exige de supprimer les dédoublements administratifs et de diversifier les modèles de livraison.
- Cadre légal et autonomie coopérative (Nathalie Génois, CQCH ; Patrick Préville, FHCQ) : Nécessité d’une loi-cadre protectrice pour le modèle coopératif, d’un financement dédié et de la fin d’interférences telles que le projet de loi 20. Les coopératives d’habitation constituent des solutions pérennes à long terme, et non une simple phase transitoire.
- Pérennité, acquisition et compétences (Marie Depelteau-Paquette, ACHAT ; Nancy Croussette, RQOH) : Atteindre 20 % du marché repose sur trois piliers conjoints : l’acquisition du parc privé existant, sa rénovation/préservation, et la construction neuve. Le développement des compétences internes et des ressources humaines au sein des organismes demeure aussi déterminant que le financement matériel.
- Cadence de livraison (AGRTQ) : Un rythme annuel de 10 000 logements communautaires livrés doit devenir le seuil de référence minimal pour le Québec.
3. Deuxième panel : forum des candidats politiques
Forum des candidats des quatre principales formations politiques provinciales : Karine Boivin Roy (CAQ), Andrés Fontecilla (QS), Catherine Gentilcore (PQ) et Félix Rhéaume (PLQ).
Les quatre principales formations provinciales représentées — la CAQ, le Parti québécois, le Parti libéral du Québec et Québec solidaire (le PCQ ayant décliné l’invitation) — ont confronté leurs visions et engagements :
| Parti et représentant-e | Orientations principales | Mesures et engagements clés |
|---|---|---|
| Coalition avenir Québec Karine Boivin Roy (Anjou-Louis-Riel) |
Continuité budgétaire, accélération des permis municipaux et maintien des aides ciblées. | • 11,6 G$ investis et 15 800 logements en développement. • 780 M$ pour la réfection des HLM. • Maintien des suppléments au loyer (562 000 personnes couvertes). • Recours aux promoteurs qualifiés et « super-pouvoirs » municipaux (119 projets débloqués). |
| Parti québécois Catherine Gentilcore (Terrebonne) |
Redéfinition stricte de l’abordabilité, justice sociale et normalisation technique. | • Redéfinition de la notion de logement « abordable » pour écarter les dérives commerciales. • Encadrement strict des loyers et soutien à la première propriété. • Harmonisation du Code du bâtiment et retour à des programmes stables. • Approbation de plans architecturaux standardisés et mobilisation de capitaux propres (equity). |
| Parti libéral du Québec Félix Rhéaume (Châteauguay) |
Choc d’offre quantifié, modernisation technologique et industrialisation du bâtiment. | • Objectif annuel de 100 000 mises en chantier, dont 40 000 hors marché. • Recours massif à la construction modulaire et préfabriquée. • Seuil obligatoire de 50 % de composantes préfabriquées pour les chantiers financés par la SHQ. |
| Québec solidaire Andrés Fontecilla (Laurier-Dorion) |
Logement considéré comme un actif public stratégique autoportant et décentralisation. | • Création de 50 000 logements autoportants financés par emprunts garantis par l’État. • Remplacement progressif du modèle de subvention à fonds perdu par la constitution d’actifs durables. • Extension du droit de préemption aux municipalités. • Mise en place d’une centrale d’achats groupés (matériaux et préfabrication). • Universalisation du Programme de supplément au loyer (PSL). |
4. Alignement territorial et métropolitain
- Concordance avec le PMAD : La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) converge directement avec ces orientations. Son Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD 2026-2046) vise précisément 20 % de logements locatifs hors marché d’ici 2046.
- Prochaine étape clé : Le Sommet de l’habitation du Grand Montréal prévu à l’automne 2026 servira à formaliser les outils municipaux (urbanisme, fiscalité incitative, mobilisation du foncier préempté) indispensables pour atteindre ces objectifs.
5. Implications stratégiques pour COHABITAT.CC
Ce consensus historique entre le milieu communautaire et les instances métropolitaines confirme la pertinence du modèle défendu par COHABITAT.CC :
- Agrégation et mutualisation de projets : Servir de plateforme de regroupement pour mutualiser les capacités d’emprunt et de négociation de collectifs d’habitat partagé face aux institutions financières et investisseurs d’impact.
- Kits préfabriqués et gabarits en code ouvert : Développer des plans et des architectures modulaires normalisés en bois d’ingénierie, compatibles avec les impératifs d’approbation rapide et de préfabrication industrielle.
- Partenariats municipaux et foncier protégé : Connecter les opportunités foncières issues des droits de préemption municipaux à des projets d’habitats intentionnels et de cohabitat dense axé sur la mobilité active.
- Infrastructure civique et fiducies pérennes : Outiller juridiquement les projets (Fiducies d’utilité sociale, baux emphytéotiques) et fournir les mécanismes de gouvernance agile (sociocratie, cercles de décision) pour sanctuariser l’abordabilité perpétuelle hors de toute spéculation marchande.